Christophe Rauzy indiquant les différentes revues du groupe la dépêche. Photo de Laurine GONNET
Christophe Rauzy indiquant les différentes revues du groupe la dépêche. Photo de Laurine GONNET
Pascal Pallas et Maxence Dourlen dans les locaux de Actu.fr. Barbara PERDRIGE.
Lancée en 2017 par le Groupe Actu, filiale de SIPA – Ouest-France, la plateforme d’ information de proximité Actu.fr est seulement présente sur Internet et sur les réseaux sociaux. Le directeur adjoint du Groupe Actu, Pascal PALLAS, a partagé, ce lundi 12 octobre, les stratégies du groupe d’ amener le plus de visiteurs possibles sur leur site.
Depuis presque 10 ans, la plateforme d’ Actu connaît un essor avec aujourd’ hui 100M de visites par mois (source: P. PALLAS), ce qui le classe dans le Top 10 des sites les plus consultés de France. Son audience ne touche pas seulement qu’ une simple partie de la population: les visiteurs ont entre 17-80 ans, dont 70 % d’ entre eux grâce au moteur de recherche Google.
Des dangers sont quand même présents : la course à l’ information avec «une vérité [qui] peut durer que 5 min.», comme l’ indique le rédacteur en chef d’ Actu Toulouse Occitanie Maxence DOURLEN, une concentration des informations sur les réseaux sociaux et l’ émergence des nouvelles technologies comme l’ intelligence artificielle.
Une délocalisation de l’information efficace
Actu est présent sur toute l’ hexagone, ce qui lui permet d’ avoir des informations de partout. Cette implantation stratégique l’ aide à être plus proche des lecteurs en leur offrant des actualités locales pour mieux « les toucher ». Les 400 journalistes du média écrivent en se demandant ce qui va les intéresser: « l’ attente des lecteurs ne sont pas les mêmes selon les zones », révèle le directeur adjoint du média. Ces informations à proximité vont émouvoir les visiteurs, se sentant directement concernés. Ceci est considéré comme la force du média : toutes les branches locales du média . La présence du média sur les réseaux sociaux leur permet d’ accroître leur audience en se faisant aussi voir par les plus jeunes (15-25 ans) pour potentiellement les attirer vers leur site.
L’ami Google
En plus des choix stratégiques d’ implantation, des techniques sont mises en places pour se faire voir grâce au moteur de recherche: le SEO (Search Engine Optimization). Les journalistes du média font des titres pas très incitatifs mais avec mots-clés pour optimiser leur visibilité d’une page web dans les résultats de recherche. Par exemple, les 25 journalistes d’ Actu Toulouse, pour attirer leurs lecteurs toulousains, mettent « Toulouse » dans leur article, sans trop en dire pour les inciter à le lire. Les nouvelles technologies, comme l’IA, sont utiles pour la réalisation de tâches, mais elles peuvent se retourner contre ces professionnels. Gemini “vole”, depuis juillet, les articles des médias lors de recherches sur le moteur de recherche Google avec le Mode IA en donnant des informations rapidement, ce qui n’incitent pas les visiteurs à cliquer sur les articles proposés à la suite. Ceci a entrainer une perte 11 % de leur audience.
Actu.fr fonctionne grâce à son choix stratégique d’ implantation pour être au plus proche de ses lecteurs et à sa présence sur le numérique, qui est depuis quelque temps menacée par l’évolution des technologies.
https://youtu.be/AoP57ylUHWs?is=Z8qnxK-PH5bDG3OA
Groupe 1: Amandine, Elea, Tom, Barbara, Augustin
Christophe Rauzy, rédacteur en chef adjoint au sein de La Dépêche du Midi. Eléa EPS.
Rédacteur en chef adjoint au sein de La Dépêche du Midi, Christophe Rauzy revient sur son expérience face à la méfiance croissante des médias et à l’exigence de plus en plus grande du public. Il partage sa vision sur un métier où la faute n’est plus permise et où la sécurité des journalistes devient obligatoire.
Enseigne lumineuse La Dépêche du Midi dans le musée du siège à Toulouse. Amandine Albinet.
Fondée en 1870, La Dépêche est aujourd’hui le principal groupe de presse du Sud-Ouest. Depuis 2006, le quotidien régional se transforme avec la création d’une presse en ligne. Ce lundi 12 octobre, le rédacteur en chef adjoint, Christophe Rauzy a abordé la baisse de fréquentation des journaux papier, notamment chez les jeunes.
Depuis 20 ans, La Dépêche a commencé sa transition vers le numérique. Aujourd’hui elle est le neuvième site d’information en France, le quotidien régional cherche à renforcer sa présence sur Internet afin d’atteindre les 30000 abonnés. Malgré cette évolution, le média reste dépendant du print, il est son principal modèle économique avec 65 % des bénéfices qui proviennent du journal, contre 35 % pour le numérique. Le papier n’est pas condamné à disparaître, mais appelé à évoluer avec son époque, « Il y aura toujours des amoureux du papier » résume Christophe Rauzy.
Les jeunes, un désintérêt pour le papier ?
La rédaction ne se fait pas d’illusion, les jeunes se tournent plus facilement vers les réseaux sociaux que vers les journaux papier. Ces derniers sont davantage lus par les personnes âgées ou des lecteurs d’une quarantaine d’années. Loin de la jeunesse, le print est délaissé pour les réseaux sociaux. Les jeunes cliquent rarement sur les liens pour lire l’article en entier. La Dépêche ne mise pas en priorité sur les jeunes pour acheter un journal. L’ enjeu est de leur faire connaître le média pour leur donner envie de s’ y intéresser plus tard.
Les jeunes, une cible pour l’avenir
Pour toucher cette génération, La Dépêche du Midi est présente sur les réseaux sociaux. Afin de créer un premier contact avec ses jeunes lecteurs. Même sans lire les articles en entier, ils découvrent le média à travers ses publications et son logo. Avec le temps les habitudes évoluent, certains pourraient rechercher une autre approche de l’ information.
Pour La Dépêche, les réseaux sociaux représentent une porte d’entrée, avec l’ espoir que cette première rencontre se transforme en lecture régulière.
Pour en savoir plus : https://youtu.be/sdBvmAwGuzk?si=bWC24AsqIneoxM1y
G1 Toulouse : Amandine Albinet, Barbara Perdrige, Tom Escobar, Augustin Servais, Elea EPS
Maxence Dourlen en présentation , crédit: Amandine Albinet
À l’occasion de la visite de sa rédaction par des étudiants en première année de journalisme, Maxence Dourlen a accepté de répondre à nos questions. Cette rencontre a permis de découvrir les coulisses du métier, le fonctionnement d’une rédaction et les réalités du quotidien des journalistes.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours professionnel ?
Je suis journaliste et mon parcours m’a permis de découvrir différentes facettes du métier. Le journalisme demande de la curiosité, de la rigueur et une bonne capacité d’adaptation. Il faut aimer chercher des informations, rencontrer des personnes et comprendre les sujets sur lesquels on travaille.
À quoi ressemble une journée de travail dans une rédaction ?
Une journée commence généralement par un point sur l’actualité. On échange sur les événements importants et les sujets à traiter. Ensuite, les journalistes peuvent partir en reportage, réaliser des interviews, vérifier leurs informations ou rédiger des articles. Le programme peut changer rapidement lorsqu’une actualité importante survient.
Comment choisissez-vous les sujets qui seront publiés ?
Il faut d’abord s’interroger sur l’intérêt du sujet pour les lecteurs. Un événement peut être important parce qu’il concerne beaucoup de personnes ou parce qu’il a des conséquences sur la vie quotidienne. Il faut également tenir compte de l’actualité locale et des attentes du public.
Comment vérifiez-vous la fiabilité de vos informations ?
La vérification est essentielle. Il faut croiser les sources, contacter les personnes concernées et consulter des documents fiables. Une information trouvée sur les réseaux sociaux ne doit jamais être reprise sans vérification. Le journaliste doit éviter les erreurs pour conserver la confiance des lecteurs.
Quelle est la place des réseaux sociaux dans votre travail ?
Les réseaux sociaux permettent de repérer rapidement des événements et de suivre les réactions du public. Ils peuvent aider à trouver des témoins ou à identifier un sujet. Cependant, les fausses informations sont nombreuses. Il faut donc vérifier les contenus avant de les utiliser.
Quelles sont les principales difficultés du métier de journaliste ?
La principale difficulté est parfois de travailler dans l’urgence tout en restant précis. Il faut respecter les délais, vérifier les informations et garder une certaine impartialité. Il peut aussi être difficile d’obtenir des réponses ou de traiter des sujets sensibles.
Comment se déroule la collaboration entre les journalistes ?
Le travail en équipe est très important. Les journalistes échangent leurs idées, proposent des sujets et partagent leurs informations. Les responsables de la rédaction organisent le travail et participent aux choix éditoriaux. Les articles sont ensuite relus et corrigés avant leur publication.
Quelles qualités faut-il avoir pour devenir un bon journaliste ?
Il faut être curieux, savoir écouter et poser les bonnes questions. La rigueur, l’organisation et une bonne expression écrite sont également indispensables. Il faut aussi savoir remettre en question ses premières impressions et respecter les personnes rencontrées.
Quel conseil donneriez-vous à des étudiants en première année de journalisme ?
Je leur conseillerais de lire régulièrement la presse, de suivre l’actualité et de s’intéresser à des sujets variés. Il faut surtout pratiquer : réaliser des interviews, écrire des articles et apprendre à vérifier ses sources. Les erreurs font partie de l’apprentissage si l’on sait en tirer des leçons.
Visite des locaux d’ Actu Toulouse, en présence de Pascal Pallas. Photo Laurine Gonnet.
Pascal Pallas directeur adjoint du groupe Actu, un des rares médias encore indépendant. Actu Toulouse est essentiellement connu pour son site internet avec 100 millions de visites par an (source Acpm) et sa présence sur les réseaux sociaux. Une adaptabilité au cœur du succès.
Actu Toulouse s’ est imposé parmi le top 10 des médias en étant essentiellement sur internet , pourquoi ce choix ?
La production web coûte moins cher que la production papier, et les gens aujourd’ hui on besoin d’ une information rapide et courte. Internet est la meilleure solution pour ce format là. De plus notre média se focalise vraiment sur l’ actualité locale, nos lecteurs s’ intéressent beaucoup plus à ce qui se passe autour de chez eux, plutôt qu’ a l’ autre bout de la France.
» il faut être à la hauteur des attentes des spectateurs «
Avec 100 millions de visites par an sur votre site internet, comment s’ adapter aux lecteurs ?
On a un un public très varié ça va de 17 ans à 80 ans donc on va cibler la tranche d’ âge de 25 à 55 ans et diffuser l’ information sur différents réseaux selon le public. Pour les plus jeunes Tik Tok va être priorisé et selon le cadre qu’ on donne on va pouvoir un peu plus vulgariser les informations, pour s’ adapter à des lecteurs plus jeune. Pour les plus âgés Facebook et Instagram son très pratique aussi. En étant sur les réseaux on espère attirer plus de monde sur notre site principal.
» La volonté des journalistes étaient de s’ interdire l’ utilisation de l’ intelligence artificielle pour écrire des articles «
Internet évolue très vite comment faites vous pour gérer l’ émergence de l’ utilisation de l’ IA ?
On s’ interdit d’ utiliser l’ IA pour notre travail, on veut grader ce côté authentique du journalisme. On a même mis en place une charte pour interdire l’ utilisation de l’ intelligence artificielle pour la rédaction des articles. Les seuls moments où on peut l’ utiliser c’ est pour gagner du temps, donc corriger les fautes orthographiques ou pour trier les mails. Mais c’ est vrai que c’ est très compliqué de gérer cette utilisation exponentielle de cet outil. Elle nous a fait perdre 11% d’ audience depuis les réformes Google du le 22 juillet, elle nous a donc beaucoup impactée.
Célie Favot Justine Mayo Léa Briols Lilian Béziat Valentin Rivière Groupe 2
La Tribune est un journal national économique créé en 1985. En 2023, le groupe CMA CGM de Rodolphe Saadé, également propriétaire de BFM TV et RMC, rachète le média et met en place un hebdomadaire : La Tribune du dimanche.
Le rachat de la Tribune a rebattu les cartes avec une nouvelle stratégie et de nouvelles ambitions.
Suite au rachat du média par CMA CGM, un hebdomadaire est créé : La Tribune dimanche. Le journal est toujours mis à jour en ligne régulièrement mais seul l’édition dominicale est imprimée. Elle est plus variée avec notamment de l’actualité politique nationale comme internationale. La Tribune obtient alors de nouveaux lecteurs via l’hebdomadaire plus généraliste. “On propose un abonnement commun pour la Tribune et la Tribune du dimanche, ce qui a augmenté notre nombre de lecteurs », indique Pierrick Merlet, journaliste pour La Tribune.
Un avenir à plusieurs
En concurrence avec Les Échos sur le marché du journalisme économique, La Tribune, depuis le rachat, s’appuie sur le cross plateforme, “ Cela permet de diffuser le même contenu mais sous différentes formes », explique Pierrick Merlet, spécialisé dans le secteur industriel. “Ça nous donne un avantage sur la concurrence”.
Le développement du numérique
Le titre était déjà un pure player numérique avant le rachat, mais la transformation s’est poursuivie. En 2025, La Tribune lance de nouveaux dispositifs : un quotidien numérique chaque soir, une nouvelle maquette et des newsletters personnalisées selon les régions.
Une présence territoriale
La société CMA CGM a pour but de développer son ancrage local en associant La Tribune avec d’autres journaux locaux comme La Provence.
La chute de la presse contraint les journalistes à s’adapter. En 2001, La Tribune vendait près de 102 000 journaux, contre 51 000 en 2025. Pierrick Merlet, journaliste à La Tribune depuis 2016, a dû s’adapter aux différents formats journalistiques actuels, entre journal papier et web média.
Des changements stratégiques
Depuis le rachat en 2023 par le groupe CMA Média, la stratégie de diffusion du journal a évolué. La Tribune, un média économique, a été intégré aux pôles économiques de CMA Média comprenant notamment BFM, BFM Business, RMC … « L’objectif à terme est qu’un invité venant s’exprimer dans La Tribune puisse être interviewé à la télé sur BFM tout en proposant un décryptage sur RMC », déclare Pierrick Merlet. Bien que la collaboration soit un point clé de cette stratégie, la même information peut être traitée différemment afin de préserver l’ADN de chaque entité.
Une diversification des sujets
Afin de lutter contre la baisse du lectorat, la multiplication des sujets est une solution envisagée par La Tribune. C’est à la base un quotidien publié sur le web sur des sujets purement économiques. La création de La Tribune du Dimanche, un journal hebdomadaire plus politique, offre d’autres possibilités aux lecteurs et de potentiels nouveaux abonnés. « L’idée est d’avoir deux publics qui peuvent se retrouver sur certains sujets qui ont certaines complémentarités bien qu’ils soient distincts », expose Pierrick Merlet. Cette stratégie permet de concurrencer d’autres journaux économiques historiquement plus importants tels que Les Échos. « Mais Les Échos ne disposent pas de la même approche multimédia, ils sont seuls », explique Pierrick Merlet.
Hugo Desfresne, Nikita Duranceau-Gendron, Albane Icher, Lana Routier, Gatien Venon
Journaliste à La Tribune, Pierrick Merlet s’est progressivement spécialisé dans les questions industrielles après plusieurs années consacrées à l’économie régionale. De ses débuts à Toulouse à son passage à l’échelon national, il raconte comment la curiosité, le terrain et les contacts lui ont permis de construire son expertise.
Comment êtes-vous passé du journalisme sportif que vous envisagiez étudiant à la spécialisation dans l’industrie ?
Quand j’étais étudiant, les médias commençaient à s’intéresser davantage aux questions économiques. L’économie est partout et fait partie de notre quotidien. Je me suis ensuite tourné vers l’industrie parce que j’aime le concret et le terrain. Je préfère rencontrer ceux qui font les choses plutôt que de commenter de grands concepts. Aujourd’hui, je passe beaucoup de temps dans des usines et je peux aussi bien voir des avions que des centrales nucléaires. C’est un secteur très concret et en pleine évolution.
Du niveau régional au niveau national, avez-vous dû changer votre façon de travailler ?
Non, c’est surtout le champ d’action qui change. Au début, il a fallu faire un travail de réseau : passer du temps à Paris, me présenter et rencontrer des personnes. Le plus difficile, c’est de se faire connaître. Aujourd’hui, j’ai davantage de contacts et les informations viennent plus facilement. Mais c’est justement un danger : il ne faut pas tomber dans le confort. Je continue donc à rencontrer des gens et à aller sur le terrain.
Comment construit-on justement ce réseau de contacts ?
Connaître directement les personnes permet d’aller beaucoup plus vite. Quand on suit une entreprise pendant plusieurs années, on connaît ses dirigeants et ses chefs de projet. Cela crée une relation de confiance. Même au niveau national, c’est pareil : une fois qu’on a eu sa « porte d’entrée », il faut entretenir le lien. Le contact humain est essentiel.
Comment avez-vous appris un domaine aussi technique que l’industrie ?
J’avais déjà une première connaissance de l’industrie grâce à mes années à Toulouse et aux visites d’usines. Mais il a fallu approfondir. Cela passe par les interviews, le terrain, la documentation et un travail personnel. La revue de presse est un ingrédient essentiel du métier : lire ce que font les autres permet de détecter des sujets et de trouver son propre angle.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal défi en 2026 pour devenir un bon journaliste ?
La curiosité. Elle implique d’aller vers les autres et de garder le contact humain. Avec l’intelligence artificielle, on peut produire du contenu très rapidement, mais le journaliste doit vérifier, approfondir, mettre une information en contexte et confronter les versions. Le grand danger est de tout faire depuis son téléphone ou son ordinateur sans sortir. Même en 2026, il faut donc continuer à aller sur le terrain.
Rouby Alexandre et Pennavaire Guichou Jean