Pierrick Merlet : « Une information ne se trouve pas, elle se construit »

Catégories Agence Publié le Le

Après dix ans à La Tribune, Pierrick Merlet journaliste spécialisé dans l’industrie explique les dessous des médias d’information économique et financier . Entre réseau, sources et pression des entreprises, il raconte un métier où le terrain et l’humain restent primordiaux.

Pourquoi vous êtes vous orienter vers le journalisme économique ?

À mes débuts, le journalisme économique était une branche professionnelle qui se développait, ce qui m’avantageait vu que j’étais en recherche d’expérience. Par ailleurs, l’industrie raconte des histoires, du concret, avec des impacts directs sur les gens et les territoires. C’est ce qui me passionne.

Une usine,  c’est d’abord des salariés, des familles et une ville entière et ses commerces.

Pouvez vous nous expliquer la  place d’ un bon réseau journalistique ?

Un réseau c’est indispensable à un journaliste. Une discussion sans intention journalistique peut être utile des mois plus tard. Entretenir son réseau, aller à des salons, participer à des événements c’est la clé.

On peut récupérer environ 80 contacts en une soirée, plus vous possédez de contacts plus il sera facile pour vous d’obtenir des informations.

Jusqu’ où faut-il aller pour obtenir une information ?

Faut toujours relancer, on peut courir après une information pendant des mois. Et si un autre média vous devance ce n’est pas important. Le principal est d’apporter davantage d’éléments et de ne pas faire du réchauffé.

La course à l’information menace-t-elle le temps consacré à l’enquête ?

Ça dépend, certains médias imposent un nombre d’articles par semaine, ce qui pousse à publier rapidement. D’autres investissent dans des services d’enquête permettant aux journalistes de prendre davantage de temps.

À La Tribune, on croise généralement une information avec deux ou trois sources, voire davantage lorsqu’elle est sensible. Certes la rapidité est une qualité dans le journalisme. Cependant la qualité sur des sujets aussi complexe que l’économie, la politique, la finance est primordial.

Les entreprises cherchent-elles davantage à contrôler leur communication ?

Oui, avec le « média training ». Les réponses sont contrôlées et préparées pour préserver l’image de l’entreprise. Certaines peuvent même nous mettre des coups de pression pour relire nos articles avant parution. Il faut rester sûr de soi, et garder un côté humain pour permettre la confiance.

Apprendre à viser plus bas dans la hiérarchie d’une entreprise vous aidera à contourner cela. Les personnes les plus haut placées sont davantage habituées à communiquer, les autres auront une parole plus libre. Ensuite, on remonte progressivement c’est ce qu’on appelle « la stratégie de l’entonnoir ».

Après dix ans, qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler ?

Honnêtement on gagne en assurance, j’étais très timide au début. Il faut se lancer,  oser appeler et relancer. Même pour passer sur un plateau devant beaucoup de monde, cela se prépare. Avec l’expérience, on apprend aussi à se démarquer.

L’IA peut-elle remplacer le journaliste ?

Je ne pense pas. Elle a besoin des informations produites par les journalistes. Elle peut modifier certaines tâches, mais elle ne peut pas aller sur le terrain, et obtenir une information qui n’existe pas encore sur Internet. Pour un journaliste il est d’ailleurs interdit de l’utiliser pour la rédaction d’un article, personnellement je n’aime pas l’utiliser.

NOTEZ CET ARTICLE : 1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles
Chargement

A découvrir dans la même rubrique