Christophe Rauzy, rédacteur en chef adjoint à La Dépêche, devant les étudiants de l’ISCPA. Photo Justine MAYO. 12 octobre 2026.
À l’occasion de la troisième et dernière journée de Tour E-Media, les étudiants en journalisme de l’ISCPA ont fait la rencontre de Christophe Rauzy, rédacteur en chef adjoint à la Dépêche du Midi de Toulouse. Il explique comment la Dépêche s’est transformée pour mettre en place sa politique de « Web First ».
Vous êtes à l’origine de la transition entre le print et le web, ainsi que le développement du numérique. Pourriez-vous nous expliquer un peu plus en détail cette transition ?
Cette transition, c’est avant tout un modèle. C’est se dire qu’à un moment, si on fait cette transition, c’est pour éviter de mourir en fait. Parce on le voit d’ailleurs : Sud-Ouest aujourd’hui, qui est racheté par Rossel, est un journal qui a eu du mal avec cette transition. Ils n’ont pas réussi à avoir les mêmes réussites qu’on a pu avoir par exemple sur La Dépêche, où à un moment on faisait quasiment le double d’audience de ce que pouvait faire Sud-Ouest, alors que c’était notre principal concurrent.
Comment expliquez-vous cette différence de résultats avec Sud-Ouest ?
Parce qu’ils n’ont pas transformé leur rédaction. Ils avaient une rédaction web avec des gens censés faire l’audience de leur côté, et puis des gens qui s’occupaient uniquement du journal. En fait, ils étaient obligés de payer deux rédactions, ce qui coûte très cher, pour pouvoir réaliser la même chose : le même sujet dans le journal et sur le web. Nous, on s’est dit aux alentours des années 2016 : il faut qu’on en finisse avec ça, on va mettre en place le web first[1] et ensuite ça servira à être utilisé, à être transformé — parce que ce n’est pas exactement la même façon d’écrire — par des journalistes justement qui sont capables de travailler sur l’un et sur l’autre, et de ne pas se cantonner à se dire « on va faire uniquement du print ou uniquement du web ». Il faut absolument que ça soit dans une continuité et une fluidité.
Quel rôle joue la technologie, et notamment l’intelligence artificielle, dans cette nouvelle organisation ?
L’IA est devenue omniprésente dans nos rédactions. Elle nous permet de transformer très rapidement une captation vidéo ou audio en une interview rédigée, calibrée aussi bien pour le web que pour le print. Concrètement, lors d’un événement comme la récente reconstitution de l’affaire Jubillar, nos reporters n’attendent plus des heures dans leur voiture pour taper leur compte-rendu sur ordinateur. Le journaliste enregistre directement les déclarations. Le fichier audio est traité instantanément par nos outils, qui génèrent une première version structurée en question-réponses. Nous la reprenons, vérifions l’audio, et en moins de dix minutes, l’article est publié sur le site. La transition repose précisément là-dessus : utiliser les outils existants pour essayer d’être le plus fluide possible.
G2 Toulouse – Léa Briols, Lilian Beziat, Celie Favot, Justine Mayo, Valentin Rivière.
[1] Anglais. Signifie « Le Web d’abord ».

